Portrait de Louis G.

Louis G.

Un métallo passionné par le cinéma

« J’étais passionné, démesurément »

A 18 ans, avec un CAP d’ajusteur et un brevet industriel en poche, il entre à l’usine Aubert et Duval, d’abord au service entretien puis au service aciérie. D’emblée, il affirme : « J’ai commencé tout à fait au bas de l’échelle comme ouvrier pour finir chef d’atelier ». On apprend vite que son métier de fondeur l’a passionné : il se lance en effet dans une description méticuleuse sur la mise en place de la coulée dans la lingotière. L’élaboration du métal l’a fasciné et tout particulièrement il explique en quoi consistait son travail de chef de four : « faire fondre le métal, et le mettre à l’analyse car le métal doit être calmé, c’est-à-dire débarrassé de toutes les impuretés ». Il décrit précisément la procédure de « décrassage ». Pour devenir « chef de four », il a fallu qu’il fasse ses preuves et qu’il passe par un « baptême du feu » – autrement dit une forme de bizutage dont il se rappelle encore. Comme il le précise : « Le fondeur était fier de son métier, de son savoir ». Dans ce milieu, plusieurs grades existaient : 4ème ; 3ème , deuxième et premier fondeur, « le gars qui connaissait bien le métier ». L’esprit d’équipe était primordial.  L’ambiance était très bonne : chaque semaine, ils apportaient et mangeaient des biftecks cuits dans l’atelier – une sorte de rituel – et à Noël ils préparaient la dinde. Il parle d’amitié entre les fondeurs qui ne se mélangeaient pas avec d’autres catégories : ils constituaient un corps plus « noble ».

Parallèlement, Louis G. avait ouvert un club photo au foyer rural des Ancizes : « La photo c’est une passion, c’est intéressant : il fallait la pellicule ; il fallait bien cadrer, bien développer ». Dans ce domaine aussi, il se documente et apprend sur le tas.  Ce ne sont pas seulement les aspects techniques qui l’intéressent bien qu’il soit très curieux d’apprendre. Pour lui, la photographie, en tant que fixation d’un souvenir ou d’un paysage, est un objet mémoriel : « La vie …les souvenirs sont liés à quelque chose. Quand vous regardez des photos, vous vous rappelez de votre situation. C’est un souvenir vivant. En vacances, vous voyez un beau paysage, vous l’immortalisez ! Pour vous, il représentera un souvenir… ».

Sans doute parce qu’il était connu pour les prix remportés lors de concours de photos, il est contacté par Jean Duval pour organiser la projection de films dans la salle de la Viouze : il accepte immédiatement tant le défi est passionnant à relever. Ainsi, de 1983 à 2013, il va devenir exploitant de cinéma : en tant que bénévole, avec l’aide de sa femme puis de sa fille, il organise des projections cinématographiques. Ce long parcours lui vaudra une récompense : la médaille du mérite cinématographique dont il est très fier. Par bribes, il évoque l’histoire de cette expérience cinématographique placée sous le signe de l’autodidaxie. Les débuts de l’exploitation sont assez difficiles dans la mesure où il faut se procurer des copies de films et se livrer à de longues négociations avec les exploitants. Ainsi, il doit se former au métier de projectionniste et regrette de projeter des films de plus de trois mois. Le choix des films repose sur la lecture de revues telles que Cinéma français, précieux outil qui présentait les sorties de films, les synopsis, les résultats des premiers jours. Il s’adosse aussi à la vision de films lors de festivals cinématographiques à Lyon, Paris ou Deauville …Bien sûr la programmation était annoncée dans la presse locale, La Montagne, et bénéficiait aussi du soutien de la radio France Bleue grâce au  journaliste Laurent Boury.

A notre intention, il égrène les différentes actions menées dans la salle de la Viouze : la venue de réalisateurs (Xavier Giannoli du film Quand j’étais chanteur), la sélection de films primés au festival du court métrage, des conférences avec Christian Boujardy (réalisateur, naturaliste), sur la santé (en 2012, par exemple, une conférence intitulée Les dangers de l’amiante avec Henri Pézenat, l’avocat Teissonnière, Josette Roudaire présidente de la CAPER), la projection de documentaires « Connaissances du monde » mais aussi la vidéo-transmission de groupes rock ou d’artistes (Indochine, entre autres) et de matchs de football ou de rugby. Le souci de la programmation répond à son intérêt pour le public. Au début, il dit avoir fait à certaines occasions l’éducation d’un certain public prompt aux discussions et commentaires pendant les séances (« C’était plus fort qu’eux, ils parlaient »). A contrario, il a voulu bouleverser certaines habitudes de la salle, notamment le balcon réservé aux « huiles de l’usine », autrement dit aux cadres.  Tel un médiateur culturel, à l’usine, il cherche à attirer des collègues et des ouvriers et finit par obtenir une aide financière du Comité d’entreprise, ce qui permet des tickets demi-tarif ; il contacte aussi les écoles primaires, les collèges et le lycée agricole ; il garde certains films longtemps au programme tels que Titanic ou L’Ours ; par contre, il a vite remarqué que les « vieux films » du répertoire n’étaient pas appréciés : « ça ne marchait pas, les gens ici veulent du nouveau. Ils ne voulaient pas revenir en arrière » ; suivant l’évolution de la société, il a dû changer les horaires : « Tout au début c’était le samedi à 14h et 20h45 puis le vendredi ».

En outre, le lundi a toujours été consacré aux films « Art et essai », dont le classement fut acquis au milieu des années 1980 après rédaction d’un dossier. Enfin, Louis est très fier des discussions et débats qui avaient lieu après les séances entre les membres du public : on comprend qu’il a pu être influencé par le modèle du ciné-club. Avec des yeux pétillants, il résume à sa manière cette aventure cinématographique : « J’ai vécu une passion avec ça ! C’était passionnant : choisir des films, le contact avec le public … »

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